Les manuscrits ajami à l’ère de l’intelligence artificielle : enjeux épistémiques, infrastructures numériques et savoirs africains

Présenté par

  • Aminata Kane
    Université Cheikh Anta Diop de Dakar
  • Augustin Ndione
    Université Cheikh Anta Diop de Dakar

Cet atelier propose une réflexion critique sur la place des systèmes de connaissances africains dans les environnements numériques contemporains à partir du cas des manuscrits ajami, textes rédigés en langues africaines transcrites à l’aide de l’alphabet arabe. Longtemps marginalisés dans les récits dominants de l’histoire de l’écriture et des savoirs en Afrique, ces corpus constituent pourtant des archives vivantes témoignant de traditions intellectuelles, linguistiques et documentaires anciennes, dynamiques et translocales.

À l’heure du développement des humanités numériques et de l’intelligence artificielle, la numérisation, l’annotation et le traitement automatique de ces manuscrits ouvrent des perspectives importantes en matière de conservation, d’accessibilité et de transmission des patrimoines africains. Toutefois, l’intégration des corpus ajami dans les infrastructures numériques contemporaines soulève des enjeux politiques, techniques et épistémiques majeurs. Les standards documentaires, les modèles de données, les dispositifs d’indexation ainsi que les systèmes d’intelligence artificielle mobilisés dans le traitement des patrimoines écrits ont été majoritairement conçus à partir de référentiels linguistiques et technologiques occidentaux, souvent peu adaptés aux spécificités des langues africaines et des traditions scripturales non latines.

Dans ce contexte, cette communication posera une question centrale : que devient un système de connaissances africain lorsqu’il entre dans des infrastructures numériques pensées ailleurs ? À partir d’une approche située au croisement des sciences de l’information et de la communication, des études patrimoniales et des humanités numériques critiques, l’intervention analysera les risques de marginalisation numérique des corpus africains : invisibilisation des spécificités linguistiques, standardisation des formes d’écriture, dépendance aux modèles dominants d’IA ou encore réduction des dimensions sociales, mémorielles et culturelles des documents à de simples données exploitables.

L’intervention défendra l’idée que les manuscrits ajami constituent un terrain privilégié pour repenser les humanités numériques africaines à partir d’une logique de justice épistémique, de souveraineté documentaire et de co-construction des infrastructures de savoir. Elle montrera également comment les pratiques d’édition numérique, d’encodage et de valorisation patrimoniale peuvent devenir des espaces de réappropriation culturelle, de médiation des savoirs et de résistance face aux asymétries numériques contemporaines.

Soutenu par

Point SudSTIAS — Stellenbosch Institute for Advanced StudyDeutsche Forschungsgemeinschaft (DFG)Goethe University FrankfurtUniversity of Bayreuth / Africa MultipleKing's College LondonSADiLaR

© 2026 Frédérick Madore, Vincent Hiribarren, Emmanuel Ngue Um, Menno van Zaanen. Tous droits réservés.